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Portage salarial : comment ça marche et combien ça rapporte

Le portage salarial, c'est quoi exactement ?

Imaginez un freelance qui garde sa fiche de paie, ses droits au chômage et sa retraite de salarié. C'est exactement ce que propose le portage salarial. Vous trouvez vos missions, vous négociez vos tarifs, vous travaillez en autonomie, mais une société de portage vous emploie en CDI ou en CDD et transforme votre chiffre d'affaires en salaire. Vous restez indépendant dans la pratique, salarié sur le papier.

Le montage repose sur trois acteurs. Vous, le consultant. Le client, qui a besoin de votre expertise. Et la société de portage, qui signe le contrat commercial avec le client, encaisse les factures, prélève ses frais, paie les cotisations et vous reverse un salaire net. Vous ne créez aucune structure, vous ne tenez aucune comptabilité, vous ne courez jamais après une facture impayée: c'est la société de portage qui gère ce risque.

Ce statut a explosé ces dernières années chez les consultants, les chefs de projet, les formateurs et les profils tech qui veulent tester l'indépendance sans renoncer à la sécurité du salariat. Encadré par une convention collective nationale depuis 2017, le portage est aujourd'hui un vrai statut, pas un bricolage juridique.

Combien gagne-t-on vraiment en portage salarial ?

La question qui fâche. Et la réponse est moins reluisante que ce que vendent les simulateurs en ligne. En moyenne, vous touchez net entre 45 % et 55 % de ce que vous facturez hors taxes à votre client. Le reste part en frais de gestion et en cotisations sociales.

Décortiquons. Sur 100 euros facturés, la société de portage prélève d'abord ses frais de gestion, généralement entre 5 % et 12 % du chiffre d'affaires, souvent dégressifs selon le volume et parfois plafonnés (certaines sociétés bloquent autour de 700 euros par mois). Ensuite viennent les cotisations: les charges patronales pèsent environ 40 à 45 % du salaire brut, les charges salariales encore 20 à 25 %. Au bout de la chaîne, il reste votre net.

~8 % ~42 % ~50 % Frais Cotisations Salaire net pour vous Sur 100 € facturés hors taxes (ordre de grandeur, variable selon la société et le TJM)
Ce qu'il reste réellement dans votre poche sur un chiffre d'affaires de 100 euros.

Pour fixer votre TJM (taux journalier moyen), une règle simple circule chez les portés: multipliez le net mensuel que vous visez par 1,62, puis divisez par votre nombre de jours facturables dans le mois. Vous voulez 3 000 euros net pour 18 jours travaillés ? Comptez un TJM autour de 270 euros. En dessous de 300 euros par jour, beaucoup de spécialistes considèrent que le portage perd son intérêt face à la micro-entreprise, parce que les charges grignotent trop la marge.

Un point de sécurité à connaître: la convention collective impose une rémunération minimale indexée sur le plafond de la Sécurité sociale, de l'ordre de 75 % du plafond mensuel pour une activité à temps plein. Traduction concrète, une société de portage ne peut pas vous salarier pour des miettes. Encore faut-il facturer assez pour atteindre ce plancher, car sans mission, il n'y a pas de salaire.

Qui peut faire du portage salarial, et qui en est exclu ?

Tout le monde n'y a pas droit. Le portage vise les prestations intellectuelles réalisées en autonomie pour des clients professionnels: entreprises, collectivités, associations. Conseil, informatique, gestion de projet, formation, marketing, design, finance, ingénierie. Si votre métier consiste à vendre votre cerveau et votre expertise à des organisations, vous êtes probablement éligible.

Côté qualification, on vous demande en général un diplôme de niveau Bac+2 minimum dans votre spécialité, ou à défaut une expérience d'au moins trois ans dans le domaine. C'est une condition posée par la convention collective, pas une lubie des sociétés de portage. Il faut aussi résider fiscalement en France pour relever du régime général de la Sécurité sociale.

En revanche, plusieurs activités sont fermées au portage. Les métiers du bâtiment et des travaux publics. Les métiers de la sécurité. Les services à la personne effectués au domicile de particuliers: ménage, garde d'enfants, soutien scolaire à domicile. Et les professions réglementées, comme les médecins, les avocats ou les experts-comptables, qui disposent de leurs propres cadres d'exercice. Si vous êtes dans une de ces cases, le portage n'est pas une option, point.

Portage salarial ou micro-entreprise : comment trancher ?

C'est le match le plus fréquent quand on se lance. Les deux statuts permettent de facturer des prestations sans monter une société, mais ils ne jouent pas dans la même catégorie. Si vous hésitez encore entre indépendance pure et sécurité, l'article sur freelance ou CDI pose bien le décor, et celui sur le statut d'auto-entrepreneur détaille le régime micro.

La micro-entreprise gagne sur la rentabilité immédiate. Vos cotisations sociales tournent entre 21 % et 26 % du chiffre d'affaires selon l'activité, sans frais de gestion. À chiffre d'affaires égal, vous gardez nettement plus qu'en portage. Le revers: une protection sociale plus légère, aucune assurance chômage, et des plafonds de chiffre d'affaires à ne pas dépasser.

Le portage salarial gagne sur la protection. Vous cotisez à l'assurance maladie et à la prévoyance du régime général, vous validez vos trimestres de retraite y compris à l'AGIRC-ARRCO, et surtout vous ouvrez des droits au chômage en fin de mission. Pas de plafond de chiffre d'affaires non plus. Le prix de cette tranquillité, c'est la moitié de votre facturation qui s'évapore en charges et en frais.

La règle de décision est assez claire en pratique. TJM élevé, besoin de filet de sécurité, envie de zéro paperasse: portage. Chiffre d'affaires modeste ou très élevé, recherche de marge maximale, tolérance à gérer l'administratif: micro-entreprise. Et bonne nouvelle, on peut cumuler les deux, par exemple une activité principale en portage et une activité annexe en micro, pour profiter des avantages de chacun.

Les pièges à connaître avant de signer

Le premier piège, c'est l'illusion du salaire garanti. Le CDI de portage ne vous paie que si vous avez une mission qui facture. Entre deux contrats, sans réserve financière, vous ne touchez rien. Le portage ne vous trouve pas de clients: la prospection reste votre job, exactement comme un freelance classique. Si décrocher des missions vous angoisse, lisez d'abord comment activer son réseau professionnel avant de vous lancer.

Deuxième piège, les frais cachés. Certaines sociétés affichent des frais de gestion bas puis facturent en plus des prestations annexes, des frais d'entrée ou des commissions sur les frais professionnels que vous refacturez. Lisez le contrat ligne par ligne et demandez une simulation détaillée, pas juste un pourcentage alléchant en haut d'une page web.

Troisième piège, croire que le net affiché par les simulateurs est gravé dans le marbre. Il varie avec votre nombre de jours travaillés, vos frais professionnels, votre statut cadre ou non, et la grille de la société. Demandez toujours une fourchette réaliste plutôt qu'un chiffre marketing.

Le portage salarial reste un excellent sas pour tester l'indépendance sans sauter dans le vide, à condition d'avoir un TJM correct et un flux de missions régulier. Pour garder le fil de vos contrats, de vos relances et de vos prospects au même endroit, PistEmploi vous aide à piloter tout ça sans vous éparpiller. La vraie question n'est pas "portage ou pas", mais "est-ce que mon activité génère assez de missions pour en vivre". Tant que la réponse est oui, le statut suit.

Pour creuser le cadre légal, la fiche de Legalstart sur le portage salarial et le comparatif de L'Expert-comptable détaillent les chiffres à jour.